France sans armes nucléaires

Accueil du site > Ressources et débats > Le désarmement nucléaire unilatéral : un impératif politique et moral (...)

Le désarmement nucléaire unilatéral : un impératif politique et moral !

Patrick HUBERT, porte-parole du MAN (Mouvement pour une alternative non-violente)

jeudi 16 juillet 2015, par Patrick HUBERT

Les gouvernements français successifs affirment que notre politique de dissuasion nucléaire est le fondement de notre sécurité, justifiant ainsi les sommes investies chaque année – de 3,5 à 4 milliards d’euros – dans la maintenance et la modernisation de ces armes, au mépris du respect de l’article VI du traité de non-prolifération (TNP). Celui-ci stipule en effet que les États dotés de l’arme nucléaire signataires du TNP doivent « de bonne foi » s’engager dans le désarmement total.

Mais sur quoi repose cette affirmation ? N’est-elle pas plutôt l’expression d’une addiction à l’arme nucléaire et d’une croyance idolâtrique sans fondement rationnel ? Car, depuis le début du XXIe siècle, quel rôle a objectivement joué la menace de l’emploi de l’arme nucléaire, sur laquelle est basée la dissuasion nucléaire, dans la défense des valeurs et des intérêts vitaux de la société française ? Cette menace est-elle d’une quelconque efficacité pour empêcher l’expansion de Daech en Syrie et en Irak, pour juguler les avancées de Boko Haram en Afrique ou pour dissuader d’éventuels groupes terroristes d’agir sur notre sol ? Pense-t-on qu’un jour un président français déclenchera le feu nucléaire pour faire comprendre à un dirigeant russe qu’il est allé trop loin en Ukraine ? N’est-ce pas plutôt en envoyant encore nos soldats sur divers théâtres d’opération ou en déployant des troupes sur le sol français (plan Vigipirate) que nous nous efforçons d’agir contre ces menaces ?

Pourquoi ces questions ne sont-elles jamais posées aux citoyens français pourtant les premiers concernés ? Il serait pourtant urgent de réfléchir aux moyens de défendre efficacement les valeurs chahutées de notre République inscrites sur les frontons de nos mairies. De réfléchir aux conditions à mettre en œuvre pour faire société dans le respect de la diversité des composantes de notre nation, dans le prolongement de l’esprit dans lequel agissaient les quatre personnalités récemment entrées au Panthéon.

L’échec, à New York en mai, de la conférence d’examen du TNP oblige à repenser les moyens d’atteindre l’objectif de la disparition espérée des armes nucléaires de la surface de notre planète. Une analyse détaillée (1) conduit à affirmer qu’un traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN), souhaité par nombre d’acteurs de la société civile dans le monde, est reporté aux calendes grecques faute, pour les États non dotés de ces armes, de pouvoir l’imposer aux neuf États actuellement dotés… qui n’en veulent surtout pas ! Pourtant, l’arme nucléaire provoque la prolifération verticale (le développement constant de la technologie nucléaire militaire) et horizontale (l’acquisition des armes nucléaires par un nombre croissant d’États) et multiplie les risques d’accident. Par les dépenses qu’elle occasionne au détriment des causes vitales et urgentes (lutte contre la misère notamment), elle engendre l’instabilité et l’insécurité liée à l’émergence de forces politiques radicales ou d’États quasi incontrôlables.

Or, posséder l’arme nucléaire est aujourd’hui non seulement inutile et inefficace mais, surtout, immoral. Parce que, si notre sécurité est réellement assurée par ces armes, pourquoi continuer à dénier à d’autres pays le droit à une sécurité similaire ? Parce que la posséder et menacer de l’utiliser est menacer de commettre un crime contre l’humanité (résolution de l’ONU de 1961).

Dans le contexte géopolitique actuel, la France et la Grande-Bretagne sont les deux pays qui pourraient le plus facilement renoncer à leur arsenal nucléaire et enclencher un processus vertueux dans la société internationale. C’est pourquoi il est impératif pour les citoyens français, soucieux à la fois d’assurer la sécurité du pays et de défendre les valeurs qui en sont le fondement, de contraindre nos dirigeants au désarmement nucléaire unilatéral de la France. Non seulement notre pays serait grandi par une telle décision, mais l’ensemble des peuples verrait ainsi grandir l’espoir d’une disparition générale de ces armes de destruction massive. Le désarmement unilatéral est donc un impératif politique, moral, éthique et… urgent !

PDF - 1.3 Mo

Voir en ligne : Article original dans "La Croix" du 15 juillet 2015

1 Message

  • Bonjour,

    article intéressant et dans lequel je me retrouve.

    Toutefois, je suis membre du MAN (Hérault), et je fréquente localement plusieurs militants du désarmement nucléaire (qui sont majoritairement membres de l’Appel des Cents / Mouvement de la Paix). Et après discussion avec d’autres militants du MAN, on me fait remarquer que cet article, signé en tant que porte-parole du MAN, va plus loin (dans le sens de la prépondérence du désarmement unilatéral) que la position officielle du MAN, que l’on peut retrouver sur le site internet du mouvement :
    http://nonviolence.fr/spip.php?article1001

    Cela semble être un souci pour les militants du Mouvement de la Paix, militants dans ICAN France (réseau auquel appartient aussi le MAN) du désarmement multilatéral : ils ont l’impression qu’on leur dit que ce qu’il font - militer en faveur du désarmement multilatéral - ne sert à rien.

    Qu’en pensez-vous ?

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Habillage visuel © Andreas Viklund sous Licence free for any purpose